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Génèse et évolution des récifs coralliens de la Polynésie

De l’île volcanique aux atolls en passant par toutes les étapes de développement grâce à l’aide du Corail. Voilà de quoi tout savoir sur l’évolution géomorphologique des îles

Introduction : Présents dans trois océans, les récifs coralliens présentent une diversité exceptionnelle en terme de biodiversité. La France a une responsabilité particulière puisque les récifs tropicaux y abriteraient environ 95% de sa biodiversité littorale nationale. On estime qu’un kilomètre carré de récif tropical contient en moyenne plus d’espèces qu’on n’en trouve sur tout le littoral européen (Conférence française pour la biodiversité du 26 avril 2010).

  • La France a en responsabilité environ 10% des récifs coralliens mondiaux, (4e rang mondial), dans 8 collectivités d’outre-mer et dans 3 océans.
  • La Polynésie abrite 20% des atolls coralliens du monde ; c’est l’ensemble d’atolls le plus riche du monde (77 atolls).

Mais comment se forment les récifs coralliens... quels sont les principales « forces » qui permettent leur édification et les maintiennent ou non en vie ? Schématiquement deux composantes ont permis leur édification : une dominante géologique et une dominante biologique. Une dominante biologique car le récif corallien est une structure naturelle bioconstruite. Un récif corallien résulte en effet de la construction d’un substrat minéral durable (formé de carbonate de calcium) secrété par des êtres vivants, principalement des coraux. Les polypes en se développant et synthétisent leur ossature carbonatée et finissent par constituer un récif. Mais pour s’installer la larve a besoin d’un support : les îles volcaniques. Voici donc la deuxième dominante qui nous intéresse, la dominante géologique qui a fait naître cette île volcanique et qui ensuite va la faire disparaître.

 Activité biologique

Qu’est ce qu’un récif corallien ?

  • Ce sont des constructions édifiées par des êtres vivants. la plupart des récifs sont édifiés par des coraux (cnidaires : surtout des scléractiniaires et des hydrocoralliaires) qui possèdent des algues microscopiques symbiotiques (les zooxanthelles. Ils constituent l’infrastructure de base de l’écosystème. Il existe aussi des des récifs d’algues corallinnacées (Amérique du Sud, Cap vert), de mollusques (coquilles sondées de vermets en Floride) ou de vers polychètes (serpulides) (Bigot et al. 2000).
  • Ce sont des constructions solides et persistantes : Solides, car ils sont constitués par les parties dures du squelette. Persistantes, car ils résistent aux chocs après la mort des organismes..
  • Ils possèdent une topographie positive : Ils sont construits depuis le fond marin sur un substrat générateur dur et peuvent, ou non, affleurer à la surface des océans.
  • Ils sont capables de modifier les conditions écologiques du milieu : Ces modifications sont physiques, sur les mouvements de l’eau qu’ils arrêtent (houles, vagues), protégeant ainsi les littoraux. Ces modifications sont chimiques tant par l’utilisation des nutriments du milieu que par les déchets qu’ils produisent. Et enfin ces modifications sont biologiques par la création de l’un des écosystèmes les plus riche de la planète.

Source : http://www.com.univ-mrs.fr/IRD/atol... Pour plus d’informations : http://coraux.univ-reunion.fr/spip....

 Activité Géologique

La genèse des îles de la Société de Polynésie Française est directement lié au volcanisme sous marin intra-plaque, puisque ces îles n’ont jamais été rattachées à un continent. Ces îles volcaniques se sont formées à partir de points chauds présents juste sous la croûte terrestre Au niveau de ces zones, des remontées de magma traversent la croûte et forment des volcans en surface. Un point chaud est relativement stationnaire par rapport à la plaque tectonique en mouvement au-dessus de lui. Ainsi, une chaîne d’îles émerge lorsque la plaque bouge et les îles conservent un alignement lié au déplacement de la plaque.

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Alignement d’îles volcaniques s’expliquant par la présence d’un point chaud en dessous
(modifié d’après wikipedia)

Les 14 îles de la Société sont disposées en chapelet sur un axe Sud Est – Nord Ouest sur 900 km en s’éloignant du point chaud fixe situé de nos jours à proximité de Méhetia où se trouvent encore des volcans sous marins actifs (Morhange, 1993). Avec le temps, les îles volcaniques s’érodent et s’enfoncent dans la croûte océanique, jusqu’à être submergé (phénomène de subsidence). La succession des îles du volcan sous-marin encore actif (Méhetia) jusqu’à l’atoll (Scilly ; Bellinghausen) montre le processus de transformation des îles hautes aux guyots à l’échelle des temps géologiques (Anonyme, 2011). Bien que, le volcanisme, la subsidence et l’érosion sont les mécanismes principaux qui expliquent le relief de la plupart des îles. Deux autres facteurs agissent sur la morphologie des îles :

  • La variation du niveau de la mer (eustatisme) lié aux changements climatiques naturels : certaines îles peuvent se trouver exondées ou englouties suite à la baisse ou à la hausse du niveau de la mer conséquence (Lors de la dernière glaciation le niveau de la mer était de 100 à 120 m, plus bas que le niveau actuel).
  • Les mouvements de la lithosphère : la lithosphère peut être bombée par la présence de magma à faible profondeur ou par la flexion à l’approche d’une zone de subduction.

 Formes et types de récifs

Source : http://coraux.univ-reunion.fr/spip....

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A partir des premières colonisations, des coraux vont se développer autour de l’île et former un récif frangeant, puis un récif barrière et finalement un lagon. Au fur à mesure que la masse volcanique disparaît par érosion et enfoncement (subsidence), le récif doit compenser cet enfoncement par une croissance positive vers la surface. Pour finir les atolls sont les sommets émergés de constructions coralliennes qui se sont développées autour d’une île volcanique qui s’est enfoncée dans le plancher de l’océan.

a) Mont sous-marin

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Mont sous-marin

Le mont sous-marin est un relief émergeant de la plaine abyssale, généralement construit par un volcan au dessus d’un point chaud.

b) Haut-fond

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Haut-fond

Le haut-fond est différencié du mont sous-marin par une faible profondeur (inférieure à 100 m).

c) Ile haute sans récif

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Ile haute sans récif

L’édifice volcanique poursuit sa progression au-dessus de la surface. Il devient une « île haute ». Il peut émerger d’un haut-fond ou être entouré de dépôts d’érosion terrigènes. Exemples : Mehetia (île haute sans récif avec volcanisme)

d) Ile haute avec récif frangeant

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Ile haute avec récif frangeant

Littoral et forme avec le temps un court platier de faible profondeur composé de corail mort, de sable et d’alluvions, entre la côte et la zone active de croissance du corail. Ce platier ne présente plus de conditions favorables à la croissance du corail, en raison notamment du faible courant et des températures élevées. Ce chenal est souvent désigné à tort sous le terme impropre de « lagon ».

Le corail se développe principalement sur les bords du lagon, où les conditions sont favorables à sa pousse : température, degrés de salinité, oxygénation et apports en nutriments. Il cherche à se maintenir dans la zone où sa croissance est maximale : de 0 à 30 m de profondeur. Lorsque le récif frangeant apparaît, l’édifice est déjà âgé. Le volcan est généralement éteint.

e) Ile haute avec récif barrière

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Ile haute avec récif barrière

Sous l’effet de l’érosion et de la subsidence, le relief diminue. Un chenal apparaît entre le récif et l’île : le lagon. Les récifs barrières sont des formations qui sont plus au large du littoral. Ils subissent les assauts de la mer et constituent, comme leur nom l’indique, une barrière qui protège la côte. En arrière du récif barrière qui progresse vers le large, se situe un lagon de largeur variable (jusqu’à plusieurs kilomètres) et profond de l’ordre de 10 à 70 m avant, parfois, un petit récif frangeant. Des petites îles coralliennes peuvent se former sur le récif. Exemple : Tahiti, Huahine.

f) île-atoll (Ile haute avec îlots coralliens) ou Presqu’atoll

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Ile-atoll ou Presqu’atoll

Le récif s’élargit et des îlots végétalisés apparaissent (motu). L’édifice a toujours une partie émergée mais son relief est très érodé et peut parfois être séparé en plusieurs parties dans le lagon. Exemples : Bora-Bora, Moorea, Mai’ao, Mangareva

g) Atoll

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Atoll

Les atolls, de tailles très variables, sont des îles basses à peine émergentes de quelques mètres. L’édifice volcanique a disparu. La construction récifale a compensé l’érosion et la subsidence. La couronne récifale d’origine est devenue la seule terre émergée. Elle enserre le lagon. La partie émergée est constituée de sables et matériaux coralliens accumulés par les vagues et les cocotiers dominent généralement le couvert végétal. L’atoll a une forme d’anneau et délimite en son centre un lagon dont la profondeur, très variable, peut approcher la centaine de mètres. Les eaux du lagon communiquent avec celles de l’océan par des passes, accessibles aux bateaux, ou par des chenaux très peu profonds, ou bien encore par le déferlement des vagues sur des récifs submergés de l’anneau corallien. Exemples : Rangiroa (atoll), Mataiva (atoll sans passe), Nukutavake (atoll sans lagon), Makatea (atoll surélevé)

h) Atoll submergé (haut-fond)

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Atoll submergé (haut-fond)

Lorsque la croissance récifale ne peut compenser la subsidence ou la variation du niveau de la mer, l’atoll est submergé et devient finalement un haut-fond (guyot) et finalement un mont sous-marin profond.

 Animation

Pour voir en détail une animation présentant ces différentes étapes : http://coraux.univ-reunion.fr/anima...

 BiBliographie :

Anonyme, 2010. Analyse Eco-régionale marine de Polynesie Française ; Synthèse des connaissances Ecosystèmes et patrimoine naturel. Agence des aires marines protégées 68p.

Battistini R. et alii, 1975. Éléments de terminologie récifale indopacifique. Téthys, 7 (1), 111p

Bouniot, Emmanuel ; Jourdan, Stephane. Îles tropicales : comment représenter leur diversité mais aussi leur continuité morphologique ? Une typologie des îles du pacifique tropical à l’aide des SIG et d’une symbologie modulaire Version 54. Knol. 2010 déc. 16.

Morhange C., 1993. La typologie des ïles in Atlas de la Polynésie française, Ed. ORSTOM, 113 p.

Bigot L, Chabanet P, Charpy L, Conand C, Quod J-P, Tessier E, 2000 CDROM : « Suivi des Récifs Coralliens » PRE-COI/UE

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Jerome MATHEY, Loic De Maisonneuve,
date de publication : 19 février 2013,
date de dernière mise à jour : 30 mars 2011


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