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Les pirogues et la navigation chez les Polynésiens

Des racines et des hommes : L’Histoire

Si les 4 000 km qui séparent les îles de la Société d’Hawaï ne représentent que quelques centimètres sur la carte, les couvrir sur une pirogue à demi abritée, chargée d’hommes, de femmes, d’enfants, d’animaux et des précieux plants, dût constituer une effroyable épreuve. Le fait incroyable est que les Polynésiens atteignirent chaque île de l’immense triangle, bien que certaines n’aient pas été réellement colonisées. La pirogue traditionnelle des Polynésiens, comme celles de la majorité des peuples océaniens, était constituée d’un tronc creusé auquel était attaché un balancier que l’on maintenait au vent. Ces pirogues utilisaient la voile ou la pagaie, mais leur petite taille, les réservait principalement à la pêche et au cabotage.

Les Micronésiens firent de leurs pirogues à balancier les embarcations les plus rapides et les plus faciles à manoeuvrer du Pacifique, pour des navigations hauturières, en ajoutant des plates-formes et des voiles latines qui autorisaient le changement de cap. Les Polynésiens construisirent un type différent de pirogue de haute mer qui consistait en deux grandes coques de même longueur, reliées l’une à l’autre, au bordé à planches cousues et calfatées. Elles furent largement utilisées en Polynésie bien que les Tongiens et les Samoans aient, à l’époque de l’arrivée des Européens, adopté un type fidjien à coques inégales, forme peut-être apparentée aux types de balanciers micronésiens.

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Au temps de Cook, les Maoris de Nouvelle-Zélande construisaient de magnifiques pirogues de guerre, monocoques, avec de hautes poupes sculptées. Dans les autres îles, les pirogues doubles étaient encore très communément utilisées à l’arrivée des Européens et présentaient sans doute une forme identique à celle en usage lors des premières migrations polynésiennes. A Tahiti, le capitaine Cook eut l’occasion de voir une splendide flotte de guerre, estimée à 160 pirogues doubles dont certaines atteignaient 30 mètres de long.

Comme les Maoris, les Tahitiens sculptaient de remarquables figures d’arrière qui pouvaient s’élever jusqu’à huit mètres de hauteur, si l’on en juge par les illustrations de Hodges. Au cours d’une bataille navale, les guerriers sautaient d’une pirogue à l’autre pour combattre corps à corps sur les plates-formes surélevées. Les voiles étaient utilisées, fixes et verticales, ce qui obligeait à tirer des bords pour changer de direction. Les habitants des Tuamotu utilisaient une voile latine qui pouvait être manoeuvrée comme les voiles micronésiennes, et ce perfectionnement fut, peut-être, d’invention purement locale. Une bonne pirogue double représentait, sans doute, un atout de poids dans la bataille. Encore fallait-il naviguer sans compas ni sextant, et cette question de la compétence des Polynésiens en matière de navigation a soulevé des discussions véhémentes.

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Malheureusement, il n’existe pas de rapport vraiment complet sur les anciennes méthodes de navigation en Polynésie, comme c’est le cas pour la Micronésie où plusieurs d’entre elles sont encore utilisées de nos jours. Si, à l’époque de Cook, les Polynésiens n’entreprenaient plus de voyages d’exploration vers l’inconnu, ils étaient parfaitement capables de se rendre d’une île à l’autre sur des distances pouvant atteindre 200 milles. Les insulaires de la Société et des Tuamotu effectuaient ces voyages couramment, et les Tongiens se rendaient aussi régulièrement aux Samoa et aux Fidji. D’après Cook et Andia de Varela, un Espagnol qui visita Tahiti en 1774-1775, on sait que les Polynésiens utilisaient d’une part les différentes positions des étoiles du lever et du coucher et, d’autre part, la direction des vents - qui peut être très régulière en certaines saisons sous ces latitudes. Ils s’égaraient rarement et, selon Varela, atteignaient leur destination « avec autant de précision que pouvait le faire le navigateur le plus expérimenté des nations civilisées ». Les Tahitiens possédaient une large connaissance géographique de la plupart des îles de la Polynésie tropicale, mais apparemment aucune de la Nouvelle-Zélande, d’Hawaï, ni de l’île de Pâques. On ne saura sans doute jamais si cette connaissance venait de la mémoire collective, de découvertes dues au hasard, ou d’une exploration délibérée. Les principaux problèmes surgissent quand nous nous demandons comment les Polynésiens colonisèrent les îles perdues dans des eaux inconnues, durant les premières années de leur expansion. A la fin du XIXe siècle et au début du XXe, la majorité des spécialistes pensaient qu’ils avaient pu voyager vers de nouvelles îles directement à travers le Pacifique, tout en étant capables de retrouver le chemin du retour. C’est ce que de nombreuses traditions rapportent en effet, mais celles-ci ont pu annexer certaines connaissances géographiques bien plus récentes, les Polynésiens ayant commencé à voyager sur les navires européens dès l’époque de Cook. A tort ou à raison, certains chercheurs ont manifesté leur scepticisme à l’égard des visions du XIXe siècle, et le critique le plus connu est peut-être le regretté Andrew Sharp, dont les travaux de controverse apparurent en 1963. L’idée de Sharp était que les Polynésiens n’avaient aucun moyen de déterminer la longitude et ne pouvaient mesurer la dérive due aux courants ; en conséquence, ils auraient pu atteindre les îles éloignées, mais n’auraient jamais pu reprendre le chemin du retour. Cette hypothèse du voyage ’aller-simple« causa certains remous parmi les spécialistes de la Polynésie, bien qu’un voyage »aller-simple" n’implique pas forcément une navigation à la dérive et, sur ce point, Sharp fut souvent mal interprété. Nous avons, de façon certaine, que les implantations polynésiennes les plus importantes ne résultaient pas de simples dérives, surtout si l’on considère que des groupes de population viables réunissant des êtres humains, des plantes et des animaux touchèrent effectivement leur but et il est peu vraisemblable qu’ils aient été transportés sur de simples pirogues de pêche confiées à la dérive. De plus, les résultats d’une enquête sur ordinateur ont montré qu’il est pratiquement impossible d’atteindre de nombreuses parties de la Polynésie au gré des courants et l’on peut en conclure qu’une navigation intentionnelle contre le vent dut être effectuée. Si la Polynésie avait été entièrement colonisée par le seul moyen de la dérive, il n’y aurait probablement pas eu de Polynésiens dans certaines régions comme Hawaï, l’île de Pâques et la Nouvelle-Zélande. Aujourd’hui, le débat sur les techniques maritimes des Polynésiens se poursuit. Des travaux récents concernant les techniques de voyage des Micronésiens peuvent être de quelque secours afin de connaître les possibilités d’orientation sans instrument, car ces populations entreprennent encore des voyages sur de longues distances.

En 1976, la réplique d’une pirogue double, appelée Hokule’a, fut construite à Hawaï et effectua la traversée de Maui à Tahiti avec, à son bord, un équipage hawaïen et un navigateur micronésien. La pirogue ne possédait aucun instrument et la navigation à l’aide de la position des étoiles et de la forme des vagues sur presque 5 000 km, dura 35 jours et fut couronnée de succès. Elle transportait 35 hommes (plus deux photographes), la nourriture et les bases de survie traditionnelles qui se conservèrent heureusement, à l’exception des taro. Bien qu’aucun rapport scientifique ne soit encore à ce jour disponible, il est certain que le voyage d’Hokule’a aura un impact important sur les thèses des spécialistes relatives aux connaissances nautiques des Polynésiens. Il se peut très bien qu’en Polynésie tropicale, des voyages « avec retour » aient été accomplis sur une échelle beaucoup plus grande il y a 1 000 ans qu’ils ne l’étaient en 1769.

Cela reste à prouver, et telles théories peuvent ne jamais recevoir de confirmation scientifique acceptable. Nous ne pouvons alors qu’admirer les exploits d’un peuple que Sir Peter Buck n’hésita pas à appeler « les Vikings du Pacifique ».



Valérie LE BARON,
date de publication : 28 février 2015,
date de dernière mise à jour : 28 mars 2011


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